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Concertation
de la société civile d'Afrique de l'ouest et du centre
sur les enjeux des négociations commerciales en vue de Cancun
Déclaration
des organisations de la société civile d'Afrique de
l' ouest
et du centre sur les enjeux des négociations commerciales
en vue de la Conférence ministérielle de l'OMC à
Cancun.
18
au 21 juillet 2003, Dakar, Sénégal
Du 18 au 21 juillet s'est tenue à Dakar une réunion
d'organisations de la société civile d'Afrique de
l'Ouest et Centrale, réunissant des paysans, des femmes,
des syndicats, des universitaires, des médias et des ong
à l'initiative d'Enda tiers monde, dans le cadre du
programme de travail du réseau africain du commerce (Africa
Trade Network).
La réunion a eu
pour objectifs de définir des positions communes, et de préparer
la participation des organisations ouest africaines à la
5ième Conférence Ministérielle de l'Organisation
Mondiale du Commerce (OMC) qui aura lieu à Cancun (Mexique)
en septembre 2003. Elle s'est tenue avec l'appui de Third World
Network-Africa, Oxfam GB, Action Aid et de négociateurs ouest
africains basés à Genève.
Sur la base d'exposés
approfondis présentés par des personnes ressources,
et après avoir pris connaissance des différentes déclarations
des ministres africains du commerce réunis à Maurice
en juin dernier, de l'UEMOA, des PMA (Dakha, juin 2003) et celles
issues de différentes rencontres de la société
civile africaine, les participants ont échangé leur
points de vue et positions sur les questions ayant un intérêt
majeur pour les pays d'Afrique de l'ouest et centrale, à
savoir : les négociations sur l'agriculture, les accords
sur la propriété intellectuelle, l'accords général
sur le commerce des services, les thèmes de Singapour et
la transparence des procédures de négociation au sein
de l'OMC.
De manière générale,
les participants s'inquiètent du peu de progrès réalisés
dans les pourparlers de l'OMC surtout sur les questions ayant un
intérêt pour l'Afrique, conformément à
la déclaration de Doha.
1- S'agissant des
procédures de négociations, les organisations
ouest africaines et d'Afrique centrale, après avoir pris
connaissance des méthodes peu transparentes utilisées
actuellement pour l'élaboration du draft de déclaration
de Cancun par l'OMC et de l'absence de discussions ouvertes à
tous les membres, et en particuliers aux membres africains, interpellent
les ministres africains du Commerce sur les risques d'exclusion
et de non prise en compte de nos intérêts fondamentaux
dans les négociations en cours. Nous exhortons les ministres
à exercer toute les pressions nécessaires pour qu'une
réunion exceptionnelle du Conseil Général ait
lieu avant la Conférence Ministérielle elle même
afin que la déclaration puissent être débattue
ouvertement et que toutes les préoccupations des pays africains
soient prises en considération.
Dans le même temps
nous considérons que le recours à des procédés
tels que les chambres vertes, les mini ministérielles, "
les amis du président " qui n'impliquent qu'un nombre
restreint de pays est contraire au principe de transparence et de
l'égalité de tous les membres dans les processus de
décision à l'OMC. Nous demandons aux négociateurs
africains de refuser de tels procédés et d'exiger
une participation pleine et entière pour le bénéfice
de nos pays et de nos économies.
2- Concernant les
négociations sur l'Accord sur l'Agriculture
: nous prenons acte de l'échec des discussions pour fixer
des modalités de négociation sur l'agriculture, mais
aussi des développements récents concernant certaines
revendications africaines et des PMA (mesures de sauvegarde spéciale,
traitement spécial et différencié, accès
aux marchés sans droits de douane ni contingentement).
Nous prenons acte et
soutenons les démarches entreprises par des pays d'Afrique
de l'ouest et du centre devant l'organe de règlement des
différends de l'OMC, en tant que tierces parties à
la plainte brésilienne, pour défendre leurs producteurs
de coton face aux politiques de subvention des pays développés.
Considérant l'intérêt
vital du secteur agricole pour nos populations et pour notre souveraineté
et notre sécurité alimentaire, considérant
l'exigence d'un développement agricole durable, nous estimons
que l'accord de l'OMC sur l'agriculture, les politiques agricoles
de l'Union européenne et des Etats Unis ainsi que les effets
néfastes des programmes d'Ajustement structurel font peser
de graves menaces sur le devenir des producteurs africains eux mêmes
et sur leurs intérêts aussi bien sur les marchés
intérieurs qu'extérieurs.
Les Accords internationaux
et les politiques nationales devraient s'atteler à promouvoir
et préserver l'agriculture familiale et non les intérêts
des grands groupes agro-alimentaires qui mettent en avant un modèle
productiviste menaçant jusqu'à la santé et
l'équilibre environnemental dans les pays où il est
pratiqué.
les participant proposent
que des mesures adéquates soient adoptées:
- Pour soutenir et protéger
les marchés intérieurs en vue de défendre l'agriculture
des pays africains tant au niveau national que régional ;
pour réhabiliter les produits africains, favoriser les filières
de transformation locales, et modifier les habitudes de consommations
orientés vers les produits importés,
- Pour que l'aide alimentaire
ne soit ni un moyen d'écoulement des excédents de
production subventionnée des agricultures des pays développés,
ni l'occasion d'introduire des Organismes génétiquement
modifiés (OGM) dans les pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre;
OGM dont on ne mesure pas encore les risques sur la bio-diversité
et sur la santé humaine et animale, et qui renforcent la
dépendance économique des producteurs africains vis
à vis des firmes internationales qui les produisent.
Les négociations
devraient impérativement se traduire par :
- une évaluation
critique de l'utilisation des mesures contenues dans la " boîte
verte " et la " boîte bleue " en vue de la
limitation de leur utilisation abusive par les pays développés
pour contourner les interdictions prescrites et maintenir leurs
niveaux de subvention ;
- la suppression totale
des mesures prévues au titre de la boîte orange ;
- l'instauration d'une
discipline transparente portant sur toutes formes d'aides ou de
crédits à l'exportation des produits agricoles.
- la suppression totale
des mesures de soutien interne et des subventions à l'exportation
pratiquées par les pays développés, qui engendrent
de graves distorsions sur le commerce des produits agricoles et
alimentaires.
- la création
d'une " boîte de développement " qui doit
inclure toutes les mesures nécessaires pour soutenir les
agricultures africaines et préserver la souveraineté
et la sécurité alimentaire. La " boîte
de développement " doit reconnaître explicitement
le droit de chaque pays en développement à réguler
son marché de produits agricoles.
- la mise en place de
mécanismes précis et souples, pour rendre le traitement
spécial et différentié effectif et contraignant,
- bien qu'un consensus
semble en voie d'être trouvé à propos de la
mise en place d'une clause de sauvegarde spéciale, il sera
vital que celle-ci voit le jour rapidement pour permettre aux pays
africains de prendre les mesures nécessaires à la
protection des produits sensibles pour la sécurité
alimentaire nationale et régionale et pour protéger
les petits producteurs.
- que le principe de
compensations financières des effets négatifs sur
les recettes d'exportation des produits agricoles africains - tel
que le coton par exemple- des politiques de subvention aux exportations
et du soutien interne abusif soit adopté et mis en oeuvre.
Les fonds issus de ces compensations devraient être utilisés
pour soutenir les filières concernés et préserver
les revenus des producteurs affectés.
Concernant l'accès
aux marchés des pays développés, nous demandons
:
- Des mesures concrètes
pour mettre fin à l'utilisation abusive des normes comme
moyen de protection non tarifaire
- Des mesures concrètes
pour que les normes ne soient plus élaborées de manières
quasi-unilatérales aux seuls bénéfice des pays
riches et pour favoriser la co-élaboration de celles-ci.
Les Etats africains devraient renforcer leurs capacités techniques
et de dialogue avec les acteurs concernés aux niveaux national
et régional afin de mieux participer au processus de co-définition
des normes de contrôle de qualités des produits agricoles
d'exportation et d'importation;
- l'implication effective
de la société civiles à la co-définition
des normes de contrôle de qualité des produits ;
- un accès immédiat
sans contingent ni droits de douane, des produits agricoles (notamment
les produits semi-transformés et transformés) des
pays africains sur les marchés de l'ensembles des pays développés,
en supprimant les obstacles liés à l'utilisation des
crêtes tarifaires et de la progressivité des droits.
3- Concernant l'Accord
sur la propriété intellectuelle : les organisations
de la société civile considèrent que la santé
est un droit fondamental qui ne peut être remis en question
par aucun intérêt particulier fut-il celui des firmes
ou des états les plus puissants de la planète. Elles
considèrent que les droits de propriété intellectuelle
ne devraient sous aucun prétexte constituer une entrave à
la circulation des savoirs et à la satisfaction des besoins
fondamentaux.
Elles s'insurgent contre
le non respect de l'esprit et de la lettre de la déclaration
de Doha concernant l'accès aux médicaments, s'inquiètent
de l'absence d'accords qui poussent davantage les populations dans
l'insécurité sanitaire et dénoncent vivement
le véto des Etats Unis contre le consensus trouvé
en décembre 2002 pour la mise en uvre du paragraphe
6 de la déclaration de Doha sur les ADPIC et la santé
publique.
Les organisations de
la société civiles demandent le respect du droit des
pays africains à définir leurs priorités en
terme de santé publique et le respect des prescriptions de
l'organisation mondiale de la santé pour un accès
facilité à tous les médicaments et non pas
seulement à ceux considérés comme important
pour l'Afrique par les firmes multinationales ou par les Etats des
pays riches.
Les pays africains doivent
avoir le droit d'attribuer des licences obligatoires pour la production
locale de médicaments ainsi que le droit d'importer librement
les médicaments génériques dont ils ont besoin
afin de les rendre accessibles à leurs populations dans les
meilleures conditions économiques.
S'agissant de la révision
de l'article 27b.3, et des liens entre l'ADPIC et la Convention
sur la Diversité Biologique les organisations de la société
civile demandent :
- l'interdiction de toute
possibilité de brevétabilité des organismes
vivants et des gênes, y compris les séquences génétiques
et les processus biologiques pour la production de plantes et d'animaux
;
- la protection des droits
des paysans pour un accès sans entrave aux semences et l'affirmation
du droit des Etats et des peuples à utiliser souverainement
les techniques traditionnelles de conservation et de multiplication
des semences ;
- l'instauration de mesures
de sanction contre toutes les pratiques de bio piraterie, et de
pillage du savoir traditionnel
- l'adoption du principe
de précaution et, en vertu de ce principe, l'interdiction
de circulation, d'importation, de commerce des produits à
base d'organismes génétiquement modifiés.
La révision des
ADPIC devrait viser à les rendre conformes notamment à
la Convention sur la diversité biologique et au Traité
international sur les ressources phytogénétiques pour
l'agriculture et l'alimentation.
4- Concernant le Commerce des services : les organisations de
la société civile considèrent que l'Afrique
en général, l'Afrique de l'ouest et du centre en particulier,
ne peuvent rien attendre du processus de négociation sur
les services à l'OMC. Bien que le secteur des services représente
une part importante du PIB, celui-ci reste fragile et ne peut être
exposé imprudemment à la compétition internationale.
De surcroît des pans entiers du secteur des services ont déjà
fait l'objet d'une libéralisation dans le cadre de la mise
en uvre des programmes d'ajustement structurel. Ces libéralisations
n'ont pas produit les effets annoncés sur la croissance,
l'amélioration de l'accès aux plus grands nombre tels
que dans les secteurs de l'eau, de l'électricité etc.,
ni permis une plus grande insertion dans l'économie internationale
des services.
La procédure de
négociation par le biais d'offres et de demandes de libéralisation
est structurellement asymétrique et ne peut s'exercer qu'au
profit des pays les plus riches qui visent le contrôle du
secteur des services dans le monde.
Les organisations de
la société civile demandent aux ministres d'Afrique
de l'ouest et centrale d'appeler à un moratoire sur les négociations
et sur le processus de mise en uvre en attendant de procéder
à toutes les évaluations indépendantes des
impacts des libéralisations passées et par conséquent
de s'abstenir de soumettre des offres ou de répondre à
des requêtes.
En tout état de
cause les pays ne devraient pas renoncer à leur capacité
à réguler le commerce des services, ni à leur
droits de réglementer l'économie des services dans
le sens des objectifs de développement.
Les ministres devraient
contester toute approche non transparente dans les négociations
sur le commerce des services ou qui ne tiendrait pas compte des
préoccupations de nos pays.
5- Concernant les
thèmes de Singapour (investissement, politique de concurrence,
marchés publics, facilitation des échanges) : les
pays africains ont de tout temps été largement solidaires
dans le constat selon lequel rien ne justifiait de lancer des négociations
sur de nouvelles questions tant que les déséquilibres
et les difficultés constatés dans la mise en uvre
des accords passés n'étaient pas corrigés.
De surcroît, l'Afrique n'a pas encore obtenu satisfaction
sur des préoccupations essentielles pour son développement
pour se lancer dans de nouvelles concessions sur de nouvelles questions.
De plus, les arguments avancés par les défenseurs
de l'ouverture de négociations sur les thèmes de Singapour
ne convainquent pas sur leur utilité réelle pour le
développement africain :
Un accords sur les investissements
se traduiraient fatalement par une ouverture aux capitaux étrangers
sans espoir de réciprocité pour les pays africains
alors que, dans le même temps, la preuve sur le lien entre
investissements étrangers directs et croissance n'est pas
encore établie. Bien au contraire l'expérience asiatique,
mauricienne, tunisienne tend à montrer que les facteurs déterminants
de la croissance sont avant tout la qualité des ressources
humaines, les infrastructures, les capacités de régulation,
l'existence d'un marché intérieur dynamique et d'un
tissu d'entreprise diversifié
Selon plusieurs études,
une ouverture sur la base des principes de traitement national,
de la nation la plus favorisée comporterait des risques très
importants sans avantage prouvés : elle ferait perdre à
l'Etat ses capacités à réguler et à
orienter l'investissement selon ses choix de développement,
placerait les entreprises et capitaux nationaux en situation de
compétition asymétrique et inégale, n'engendrerait
pas de transferts de technologies majeurs car se limiterait aux
entreprises publiques privatisées à rentabilité
garantie ou aux secteurs de rente, et se traduirait à terme
par des sorties de capitaux avec des risques aggravés pour
la stabilité macro-économique.
Un accord sur les marchés
publics fondé sur les mêmes principes ne viserait qu'à
permettre aux entreprises étrangères de faire des
soumissions pour l'accès aux marchés publics considérés
comme des bastions à prendre. Un tel accords instaurerait
une fausse égalité entre entreprises nationales et
étrangères avec possibilité de recours contre
l'Etat devant la justice si l'entreprise étrangère
se considère lésée.
Un accord sur la politique
de concurrence fondé sur les mêmes principes ne viserait
en fait qu'à appliquer les règles de l'OMC à
la concurrence et non pas d'instaurer une compétition entre
entreprises.
Nous exhortons les ministres
ouest africains et d'Afrique centrale à préserver
la solidarité qui a prévalu lors de la réunion
ministérielle de Maurice et de refuser toute ouverture de
négociations sur ces questions d'autant plus qu'il n'y pas
de consensus entre les membres sur les modalités et sur le
contenu des négociations.
Par ailleurs nous interpellons
les ministres de l'UEMOA concernant leur position en faveur de l'ouverture
de négociations sur les thèmes de Singapour, qui est
en contradiction avec la position africaine, avec celle des PMA
figurant dans la déclaration de Dhaka, et en contradiction
avec les positions de plusieurs pays ouest africains.
Un plan d'action est annexé à cette déclaration.
Fait à Dakar, Sénégal, le 21 juillet 2003
Les participants,
représentants d'organisations de la société
civile d'Afrique de l'ouest.
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