Siggi,faire face

Conçu en réponse à l'aggravation de la pauvreté et à la dévaluation du franc cfa, le programme Siggi ("faire face", en wolof) est aujourd'hui intégré en grande partie à l'Ecopole, où il trouve un site privilégié, ouvert aux populations ciblées, permettant d'organiser des rencontres avec un public souvent nombreux.

Issu d'une réflexion sur la situation locale et ses connexions avec l'environnement mondial, Siggi vise par une action à grande échelle , la transformation sociale. Il a pour principal objectif d'aider à l'organisation des pauvres afin que ceux-ci puissent faire évoluer leur situation et s'insérer, par leur propres moyens, dans un schéma de sortie de pauvreté.

Ainsi, l'un des grands axes de Siggi vise directement les jeunes. Par une combinaison de détente et de formation, les journées aérées (sig-jou) se fixent ainsi comme objectif d'apprendre aux participants à être responsables face à ce qui constitue pour eux les réalités de la vie, et de leur expliquer, de la manière la plus simple qui soit, les principaux mécanismes de fabrication de la pauvreté et des comportements positifs, tels que la solidarité ou le "consommer local", qui peuvent y contribuer.




Siggi, ou changer d'échelle


"Ce que je pense de cette semaine est qu'elle est inoubliable. Je suis vraiment contente de tout ce que vous nous avez appris, surtout sur les plantes médicinales. Vous nous avez éduqués très bien, même nos parents ne nous éduquent pas comme ça", a écrit Macomba, 13 ans. Et Mariétou, 14 ans: "Moi, je crois que nos mères doivent comprendre que ce n'est pas parce qu'il y a des garçons dans les centres aérés que nous les filles, nous ne pouvons pas y aller. On y apprend des choses qu'on ne nous enseigne ni à l'école, ni à la maison. Pour la cuisine, par exemple, nos mères sont trop marquées par les publicités à la télévision. Or, nous avons ici des condiments traditionnels que nous pouvons utiliser à la place des produits qu'on nous montre à la télé".

L'histoire commence au lendemain du 10 janvier 1994. Comme d'autres ONG, Enda est sollicité par la coopération française pour distribuer pendant trois mois des fonds sociaux auprés des plus pauvres, afin de compenser quelque peu les effets de la dévaluation de moitié du franc cfa. A l'époque, on estime que 300 000 Dakarois, un cinquième de la population, vivent avec moins de 80 Fcfa par jour. Parmi eux, 100 000 enfants âgés de 9 à 14 ans. Il n'est pas dans ses habitudes de se précipiter pour apporter une aide financière, mais l'urgence de la situation conduit Enda à lancer l'opération Siggi, qui finance des micro-projets économiques. Siggi, en wolof, veut dire: relevons la tête contre l'adversité, réagissons.

En Juin 19994, les fonds sociaux sont épuisés. Que faire? Enda propose de réorienter Siggi en direction de ces 100 000 enfants les plus pauvres: "Ils sont économiquement exclus, socialement marginalisés, ils sont les témoins des difficultés de et s'interrogent sur leur futur. Ces enfants vivent une situation à haut risque." Objectifs: les aider à retrouver confiance en eux-mêmes, leur montrer qu'eux aussi, ils ont les moyens de "faire face" et de se battre contre la misère, dans un esprit de solidarité et d'inventivité.

La formule retenue? Des journées aérée au bord des plages de Dakar, animées par des jeunes des associations sportives et culturelles (ASC) mobilisés autour de Siggi et formés pour l'occasion.La Mission Française de Coopération et l'Union Européenne, notamment, appuient le projet. Pour ces gamins qui ne "partent" jamais en vacances, c'est totalement inédit. Cinq jours durant lesquels chaque enfant, au-delà des jeux, des baignades, des activités manuelles, apprend à connaitre les plantes médicinales et leurs vertus pour mieux se soigner, consomme des plats préparés à partir d'ingrédients locaux et en découvre la composition, s'initie au judo et à l'auto-défense, à l'art de fabriquer différents objets utiles à partir de matériaux de récupération. Théâtre, jeux, chansons, plantation d'arbres, opérations de nettoyage, causeries sont également les supports d'une éducation à la citoyenneté, à l'environnement, à la solidarité, à l'esprit critique. Cinq jours, c'est bien court, mais nombre de ces enfants poursuivent ces activités toute l'année avec leurs aînés des ASC, à raison de deux heures par semaine au moins. En 1994, 5 700 enfants ( autant de fillettes que de garçons) ont pris part à la douzaine de sites accueillant ces journées aérées. L'année suivante, ils étaient 10 100, puis 12 000 en 1996. Cette même année, 281 ASC ( on en compte 350 à Dakar) et autres associations de jeunes, étaient impliquées dans l'encadrement des enfants.

Cette expérience se poursuivra-t-elle? Elle suscite un vif intérêt de la part du Ministère de la Jeunesse et des Sports, mais, après trois années de fonctionnement, la pérennité du financement n'était pas acquise. L'opération Siggi témoigne dans tous les cas de la capacité d'Enda à toucher rapidement des populations nombreuses via de multiples relais populaires et exprime l'une des orientations de sa stratégie actuelle: dépasser les micro-projets et agir à grande échelle.