L'INFO 7, le 19 Février 1999, Dakar

Farafina Express


C'est le titre générique d'une histoire qui traverse l'Afrique noire subsaharienne, de Dakar à Kinshasa. Empruntée au mandingue "farafina" qui veut dire terres d'Afrique, et de "l'Express" qui n'est autre qu'un train reliant Dakar à Bamako, l'histoire déclinée enbande déssinée de haute facture, tout en couleurs, est partie d'un projet dénommé "2000 autrement", un projet prioritaire d'une organisation internationale non gouvernementale de la francophonie. Au départ, il s'agissait de faire un ouvrage destiné aux jeunes et adolescents d'Afrique francophone avec l'objectif de mettre en évidence les problèmes que traversent les communautés, les possibilités de réactions et surtout proposer des ébauches de solutions. C'est dans ce cadre qu'une rencontre a eu lieu en juillet 1997 à Enda à Dakar. Durant celle-ci, l'idée de faire une Bd plus accessible parce que ludique et éducative a été retenue. Comme le soulignent les auteurs, Yann Nachtman et Karim Dahou (scénaristes) "les jeunes Africains sont trés friands de bandes dessinées, mais comme il y a peu d'oeuvres africaines, ils se rabattent sur les Bd européennes ou américaines. Nous avons pensé que c'est un média qui pourrait redonner le goût de la lecture à beaucoup de jeunes."
Dés lors, ils se sont mis à l'écriture du scénario, puis ont pris contact avec El Hadji Sidy Ndiaye, un dessinateur qui avait eu l'occasion de travailler dans plusieurs projets de quartiers avec Enda. Pour tous trois, il s'agira d'une première expérience de la Bd.
Au niveau du scénario, il a fallu toute une alchimie pour intégrer les préoccupations éducatives ou techniques du Comité à une histoire dans laquelle les jeunes ciblés puissent se reconnaitre, sans toutefois que la narration ne prime sur les questions pédagogiques.
A travers le voyage de Bab's pour retrouver Max, le grand frère de son ami coupé de sa famille depuis son exil au Zaïre, deux générations d'Africains se retrouvent et se fécondent: celle de Max, que les idéaux politiques ont trop porté aux discours abstraits et ont failli perdre faute d'une base d'actions concrètes et celle de Bab's, qui, au contraire, ne s'inscrit que dans des actions concrètes de proximité, est plus débrouillarde, mais se passe totalement de toute reflexion idéologique. C'est donc un hymne à la solidarité sublimant les notions d'amour, d'amitié, et d'intégration africaine, qui n'ont en fait rien d'étranger à la culture traditionnelle de l'Afrique, comme l'illustrent les différentes rencontres que fera Bab's dans son périple. Et si le réseau des réseaux, malgré la faible introduction de l'informatique et du téléphone en Afrique sub-saharienne, apparait aussi clairement comme un médium de l'intégration, c'est parce que, nous disent les auteurs, "les quartiers populaires ne sont pas exclus de l'internet, et des initiatives se mettent en place dans se sens, comme le projet Cyberpop d'Enda, qui a déjà installé un cyberspace au Centre Culturel Blaise Senghor, et qui prévoit de former des jeunes des quartiers pour les aider à introduire de telles structures à la base."
Pour cette première Bd, vingt mille exemplaires ont été tirés, qui seront distribués dans tout l'espace francophone africain, et au-delà.

Demba DIA


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