8 mars 2008

« Investir dans la femme et la jeune fille » : c’est le thème choisi par les Nations Unies cette année pour la célébration de la journée internationale de la femme.

Cette fois-ci, la communauté internationale se réfère à « la » femme et à « la » jeune fille. Certaines lectrices, seraient tentées de  dire : « enfin, l’on parle de  moi, de mon individualité, de ma personne, de mon identité  en tant que femme».
Malheureusement, je crois que ceux qui ont choisi ce thème ne l’entendaient pas ainsi.
Lorsqu’on nous demande « d’investir » dans la femme ou la jeune fille, je crains qu’encore une fois, l’on se limite à nous voir comme une catégorie « rentable » sur laquelle il faut investir du capital, de l’éducation, de la formation, de la santé, de la technologie et le bénéfice sera grand pour la nation, pour la famille, pour les hommes et les enfants. Bien sur, c’est une très bonne exhortation à tous les développeurs, qu’ils soient responsables publics, experts ou bailleurs de fonds pour qu’ils pensent aux questions de genre dans leurs politiques et programmes. Il est sur, que la plus part des organisations et associations vont se saisir de cette approche pour célébrer tous les projets, programmes et autres réalisations en faveur des femmes et des jeunes filles. L’occasion sera également saisie pour rappeler ce que les communautés à l’échelle locale et nationale vont gagner si leurs opérateurs de développement acceptaient d’accroître leurs investissements en direction des femmes et des filles. C’est certainement important et nécessaire de rappeler tout cela. Mais c’est tout aussi décevant de se rendre compte chaque année que nos politiques et programmes n’ont toujours pas eu des impacts durables à la mesure des énormes ressources financières et techniques qui y sont investies.

Aujourd’hui encore, pour la énième fois, l’on nous rappelle, à nous les femmes et les filles, que nous sommes « utiles » pour les autres, et que nous devons accroître nos compétences, nos ressources et nos compétences afin d’être encore plus utiles aux autres. Il nous semble que nous n’avons pas d’autre objectif sur la terre, que celui de vivre et travailler pour les autres, toujours pour les autres. Nous le faisons déjà, depuis toujours, au détriment de nos propres vies. Nos mères l’ont fait, nos arrières grand’mères ont beaucoup usé leurs énergies mentales et physiques pour les autres. Nous aussi, femmes et filles africaines d’aujourd’hui, nous nous donnons  depuis notre enfance pour nos grands frères et nos petits frères, pour nos petites sœurs et pour aider nos mères, pour nos enfants et pour toute la famille. Lorsque nous avons une activité professionnelle ou publique, nous nous donnons encore davantage, à la maison et dans le lieu de travail.

Pour une fois, je voudrais que ce 8 mars l’on ne parle pas de « développement », ni « d’égalité des sexes », ni de « promotion de la femme ». S’il faut parler « d’égalité », parlons alors « d’égalité des etres » qu’il soit homme ou femme.
Je voudrais que pour une fois, l’on s’intéresse à chacun de ces êtres féminins que nous sommes, et que nous voyons autour de nous, que nous croisons chaque jour, avec lesquels nous partageons nos bureaux ou nos sièges dans le bus, chacune parmi celles qui font le ménage ou la cuisine dans nos maisons, celles à qui nous achetons des légumes au marché, celles qui vendent le poisson, celles qui cultivent des arachides ou qui fabriquent du beurre de karité.. Ces femmes sont partout autour de nous, mais bien souvent nous, hommes comme femmes, occupés à travailler, à écrire, à intellectualiser, nous ne les voyons plus et ne les considérons pas comme des êtres pensants, réfléchis, dignes, responsables, ambitieux, pleins de talents cachés, ou aussi comme des êtres  qui peuvent être blessés, humiliés, contrariés, anxieux par moment. Dès que l’une parmi ces milliers de femmes qui nous côtoient,  ose dévoiler son caractère, ose lever le ton, ose montrer une faiblesse, ou commettre une erreur, on s’exclame vite « Ah, les femmes ! » et suivent des commentaires d’intolérance, de mépris ou de condescendance, misogynes, etc.
Je voudrais qu’aujourd’hui, à l’occasion du 8 mars, nous apprenions à accepter chaque être féminin, comme un être tout court, qui a soif d’être reconnu comme tel, d’être accepté comme tel, d’être respecté comme tel, quelles que soient ses faiblesses, ses lacunes, ses limites, ses impatiences et aussi avec ses ambitions, ses talents et  ses rêves.
Les hommes eux-mêmes gagneraient,  ne serait-ce que pour un seul jour, d’accepter d’être simplement des « etres humains », ni plus importants ni moins importants, ni supérieurs ni inférieurs, ni plus doués ni moins doués que leur  alter ego qu’est l’être féminin, qu’ils côtoient chaque jour, et tout particulièrement en ce 8 mars 2008.

Durant cette semaine du 8 mars, je voudrais que chaque femme puisse ressentir l’apaisement d’être simplement acceptée et encouragée d’être ce qu’elle est, tout simplement, en sa féminité et en sa personnalité.

Bonne fête du 8 mars !

Joséphine Ouedraogo